Krap Myzik

J’ai toujours aimé l’ambiance des cafés-concerts.

Je tends le bras à gauche et j’ouvre la porte des toilettes, je tends le bras à droite et je pose un billet sur le bar, c’est pratique. Un pas en arrière et je suis dehors, un pas en avant et je suis sur scène, c’est cozy.

Ça s’échange des « bonjour » et des « salut » et des « tiens ! ». Ça se passe des bouchons d’oreille et des chopes de bière et des papillons de propagande. Ça parle de « la qualité intrinsèque du vinyle », de la situation en Ukraine et de la dernière application iPhone à la mode.

La famille et les amis, un public forcément acquis qui sait quand hocher de la tête, taper du pied et puis battre des mains. Et moi qui les observe pour oublier la panne de la climatisation, les paroles en franglais, et puis la « musique » pendant que j’y suis.

J’ai toujours aimé l’ambiance des cafés-concerts. Jusqu’à ce soir.

Nous sommes déjà des humains augmentés

L’augmentation du corps n’est pas une réparation, mais un remplacement d’une fonction ou d’un organe par un autre naturel ou artificiel. En retrouvant une bonne santé, une meilleure autonomie, une diminution de son handicap ou une multiplication de ses performances, le corps augmenté participe au rêve d’immortalité : mais la réalité technique de l’incorporation dans le corps biologique conduit aussi à des échecs comme à des progrès.

Bernard Andrieu, « Le corps augmenté, bientôt la norme ? », Libération, 19 mars 2014.

« Homme augmenté » ne veut pas nécessairement dire « cyborg » : le corps augmenté est déjà la norme, et il l’était bien avant l’apparition de l’informatique. Je crois même que l’on peut dire qu’une des caractéristiques de l’être humain est sa capacité à dépasser le corps par l’esprit, à défier la mortalité naturelle par son ingéniosité technique, à hybrider la chair et le métal.


Un homme préhistorique myope était un homme préhistorique mort ; les lunettes augmentent les capacités visuelles des humains défectueux et leur donnent une occasion de se reproduire (hourra) depuis 7 à 900 ans. Il s’agit bien du « remplacement d’une fonction », et celui « d’un organe par un autre naturel ou artificiel » est une réalité depuis des dizaines d’années. Prothèses auditives, hanches articifielles, greffes et autres pacemakers font désormais partie de notre quotidien.

Notre esprit lui-même est le sujet de ces augmentations : le livre comble nos trous de mémoire1, la montre change notre rapport au temps. Les smartphones nous donnent un accès permanent à la conscience collective qu’est internet, une informatique mobile qui deviendra vestimentaire, puis cutanée, puis sous-cutanée. Béquilles physiques et béquilles spirituelles se confondront alors.

Le fait est que nous savons depuis longtemps « amélior[er] la durée des tissus, fonctions et matériaux biologiques, en prolongeant la quantité et la qualité de nos existences », sans nous rendre compte que notre angoisse face à la mort pourrait dériver vers la systématisation de l’euthanasie. Ce qui pose véritablement la question de l’identité et des normes sociales, c’est l’inverse. Qu’est-ce qui distinguera les machines humanisées des humains mécanisés ?


Plutôt que de poser des questions dont les réponses existent déjà, les philosophes feraient peut-être mieux de considérer cette problématique. Oui, elle relève de la science-fiction, oui, elle est tout à fait abstraite, oui, elle est l’apanage des romanciers et des scénaristes. Mais n’était-ce pas le cas des cœurs artificiels ou de la dématérialisation de l’information il y a encore peu ?




D’autres articles qui ont attiré mon attention cette semaine :

  1. Pour reprendre l’expression chère à Jean-Christophe Courte.

Le problème des livres « sur Apple »

Ce qui fait l’intérêt d’un livre sur Apple, c’est sa capacité à ignorer le discours marketing et les informations de seconde main pour dissiper l’écran de fumée érigé par la firme de Cupertino, ouvrir les portes de son campus et soulever le drap noir protégeant ses produits. Bref, à dire la vérité, ou du moins une partie de la vérité.

Les livres qui peuvent se targuer de ces qualités se comptent sur les doigts de la main. Revolution in the Valley raconte vraiment « l’incroyable histoire de la genèse du Mac » : il a été écrit par l’un de ses concepteurs, Andy Hertzfeld, qui ne cache rien des éclairs de génie de Steve Jobs… ni de ses colères. Personne d’autre que Paul Kunkel n’a pu discuter des heures et des heures avec les designers d’Apple, personne d’autre que Rick English n’a pu photographier tous les prototypes de la société : leur AppleDesign est une somme sur l’Apple des années 1980 et 1990.

Insanely Simple est parfois un peu trop angélique et souvent réducteur, mais qui mieux que Ken Segall pour analyser le marketing d’Apple qu’il a contribué à former ? Et même si son livre est resté à l’état de brouillon sans grande cohérence et truffé d’erreurs et d’imprécisions, Walter Isaacson a bénéficié d’un accès direct au man himself.

Haunted Empire: Apple After Steve Jobs et Jony Ive — Le génial designer d’Apple, comme la plupart des livres « sur Apple » qui sont venus avant eux et qui paraîtront après eux, ne sont pas de ce calibre. Un historien sans matériel ni méthode historiques n’écrit rien de plus qu’un roman : sans accès direct à l’objet de leur livre, Yukari Iwatani Kane et Leander Kahney sont condamnés à ne pouvoir qu’illustrer un propos écrit d’avance avec des exemples de seconde voire de troisième main. Mais l’un le fait mieux que l’autre.


Yukari Iwatani Kane a commencé son livre par le titre, puis l’a poursuivi pour justifier ce titre. Et il faut admettre qu’à ce petit jeu, elle a un certain talent : elle a tout de même réussi à commettre 384 pages. 384 pages où l’on trouve trois informations et beaucoup de resucées, une idée fixe répétée tous les quatre lignes et quelques mots intéressants tous les quatre chapitres, une palanquée de lieux communs et de trop rares germes d’analyse pertinente. Tous les talents ne sont pas bénéfiques.

Ce que cette ancienne du Wall Street Journal nous apprend de Tim Cook ? Rien de plus que ce que ses propres parents ont déjà déclaré à leur canard local, que ce que des sources forcément anonymes ont déjà confié aux médias spécialisés… et que ce quelques recherches sur Google peuvent faire ressortir. En somme, que Tim Cook se lève tôt, qu’il aime le vélo, les barres énergétiques et le Mountain Dew, et qu’il croit que travailler dur est la clef du succès. La belle affaire.

Quelles sont les raisons profondes de son engagement pour la philanthropie, une plus grande transparence sur les conditions de travail en Chine, ou en faveur d’un développement plus durable des activités d’Apple ? Son style de direction a-t-il évolué maintenant qu’il est CEO, en quoi son travail au quotidien diffère-t-il de celui de son prédécesseur, quels sont ses rapports avec l’équipe de direction qu’il a totalement revue ? Comment sa personnalité peut-elle influer sur la stratégie à long terme d’Apple ?

Yukari Iwatani Kane ne répond pas à ses questions, par peur de trouver des éléments qui contrediraient sa thèse : que sans Steve Jobs, Apple est foutue. Son bouquin aurait été sans doute plus éclairant, plus profond, plus fouillé, mais aussi plus difficile à écrire et à vendre à un éditeur puis à des lecteurs avides de la moindre information sur une société qu’ils adorent ou qu’ils adorent détester. Or sur ce point-là aussi Yukari Iwatani Kane a un certain talent, elle qui a réussi à provoquer des réactions épidermiques jusqu’à la tête d’Apple. Cet article lui-même pourrait donner envie de la lire : résistez et faites nous confiance, cela n’en vaut pas la peine.


Gardez plutôt votre argent pour le livre de Leander Kahney, qui souffre certes des mêmes symptômes, mais s’en sort beaucoup plus honorablement. De la même manière que Haunted Empire n’est pas un livre sur Tim Cook, Le génial designer d’Apple n’est pas un livre sur Jony Ive : il retrace plutôt l’irrésistible montée en puissance du design chez Apple, jusqu’à ce qu’il prenne le pas sur l’ingénierie et le marketing et devienne le centre de gravité de toutes les activités de la société.

Un mouvement commencé avant même l’arrivée de Jony Ive, qui a hérité des structures mises en place par son mentor Robert Brunner et détaillées en profondeur dans AppleDesign. Kahney le reconnaît lui-même : il ne peut qu’évoluer dans l’ombre du travail de Kunkel — mais il fait mieux que le paraphraser, lui qui a prouvé avec The Cult of Mac et The Cult of iPod qu’il savait deux ou trois trucs sur Apple. Sa jolie plume ne gâche rien, même si elle perd un peu de sa légèreté dans la traduction proposée par First. Quand bien même AppleDesign ne serait pas aujourd’hui introuvable, le livre de Kahney n’en serait pas qu’une pâle copie.

Certes, il n’a pas pu s’entretenir avec Jony Ive lui-même et tient l’essentiel de ses informations de personnes qui ne sont pas forcément restées en bons termes avec Apple et dont les informations sont donc sujettes à caution. Mais son travail n’en demeure pas moins solide : il replace Ive dans sa tradition familiale sans nier son talent personnel, il interroge ses anciens collègues tout autant pour illustrer le génie du designer d’Apple que pour souligner ses imperfections, et il décrit son bureau et ses méthodes de travail comme personne avant lui.

Il ne parvient pas à remplir ses 304 pages sans répéter deux ou trois fois les mêmes choses, sans prendre des chemins si détournés pour expliquer certains aspects que l’on en perd parfois le fil et sans avouer qu’il en sait finalement très peu sur Ive. Et il oublie de rappeler la passion du designer d’Apple pour les montres et son talent à lever le coude, alors qu’il y a sans doute là matière à analyse et anecdotes. Mais avec peu, Kahney en fait beaucoup, ce qui est sans doute remarquable.

Un ordinateur à mon poignet

Smartwatches can be amazing devices when placed on the wrist of the user, on top of a noticeable heartbeat, on a swinging arm, and on skin with many nerve endings. But most wearable technology currently ignores the fact that it is a computer in constant contact with a person all day long. Instead of focusing on screens and interfaces to feed data to the user, it should focus primarily on processing data from the user and providing digestible and timely feedback.

Andy Stone, « No More Screens », Medium.

Si je traduis « smartwatch » par « montre connectée », ce n’est pas tout à fait un hasard. Où est l’intelligence dans ces appareils passifs, sans grande puissance de calcul ni connexion directe au réseau, et dont les interfaces ne sont pas véritablement adaptées à leur position au poignet ? Les propositions présentées par Google et les pistes lancées par Andy Stone répondent en partie à cette question, mais je crois que c’est le concept même qui est à revoir.

Les « traqueurs d’activité » m’intéressent beaucoup plus : ils ne font rien de ce qu’un smartphone ne fait (mais le pourraient), mais font ce qu’un smartphone est incapable de faire (et le sera toujours, parce qu’il n’est pas en contact permanent avec la peau de son utilisateur). Mais ils sont loin, très loin d’être encore satisfaisants : si je sais désormais tout de mon niveau d’activité et de la qualité de mon sommeil, ces appareils ne m’aident pas à interpréter ces données et agir en conséquence1.

Et malheureusement (et de manière assez surprenante), Apple semble s’intéresser plus à la collecte qu’à l’analyse des informations.


D’autres articles qui ont attiré mon attention cette semaine :

  1. À l'exception des appareils de Withings, dont l'environnement cohérent préfigure sans doute quelques aspects d'une future informatique plus pervasive.

Un King Different sans Steve ni Five

La bataille d’Azincourt et la conquête de la France, la bataille contre les idées reçues et la conquête d’une frontière technologique. Sur le papier, il y avait de quoi faire dialoguer Henri V d’Angleterre et Steve Jobs, d’autant qu’à cinq siècles de distance, leurs rêves de grandeur se sont heurtés à la réalité de la maladie.

Une vague paraphrase du texte de Shakespeare et quelques morceaux choisis du discours de Stanford, l’évocation de la « muse de feu qui se hisse au ciel le plus radieux de l’invention » et la convocation du « one more thing ». Loin de nourrir une réflexion sur la manière dont de grands hommes peuvent « se confronter au réel tout en l’inventant »1, la convocation de ces deux personnages n’est rien d’autre qu’un prétexte.

Le pari de Roland Auzet était audacieux, trop peut-être : il n’en reste rien qu’un salmigondis de références mal maîtrisées. Peut-on se mettre dans la lignée de Shakespeare sans élever la langue pour élever l’esprit ? Peut-être fallait-il le faire pour vendre cette pièce aux tenants d’un certain classicisme. Peut-on sérieusement faire de Steve Jobs le bouddhiste zen un singulariste à la petite semaine ? Peut-être fallait-il le faire pour justifier une critique bien-pensante de la technologie et attirer les foules.

Sans ces artifices, Steve V (King Different) est pourtant une œuvre très convaincante sur le cancer. Dans une scène d’une violence superbement morbide, l’excellent Thibault Vinçon s’écroule véritablement sous les coups du superbe Michael Slattery, le cancer prive véritablement Steve V de son humanité, la scène du théâtre de la Renaissance d’Oullins est véritablement le village global entre New York et Los Angeles.

Non, ce grand délire d’une heure et demie n’est pas totalement vain : c’est une traduction directe de l’affaiblissement progressif du logos face à la maladie. Les mots d’abord (« tu peux me pourrir les os autant que tu veux, mais ne touches pas à mon texte »), le sens ensuite (« l’avion flotte comme tous les bateaux »), la raison enfin (« Henri V a disparu. Steve a dû le licencier. »). Mais même le cancer est un peu trop caricatural pour être tout à fait pris au sérieux.

Il faut aussi s’en départir, pour ne finalement plus retenir que la distance entre le clair-obscur et les effets stroboscopiques, le rap et Strawberry Fields, le chant lyrique et l’instrumentation dissonante, l’allemand et l’anglais. Réduite à ses composantes les plus élémentaires, Steve V (King Different) s’impose comme une mise à l’épreuve de la validité d’un cogito qui ne peut s’exprimer sans un cogitatum dont l’existence est seulement définie par des expériences sensorielles.

« Je veux savoir si j’existe » dit un surprenant Oxmo Puccino qui interprète un mystérieux Billy Bud. Tout rois qu’ils pouvaient être, Henri V et Steve Jobs n’ont jamais sans doute réussi à percer ce mystère.

  1. « Le livret est composé autour de deux biographies, deux itinéraires, proches, et pourtant séparés par cinq siècles », dit le synopsis : « deux paroles, deux manières de se confronter au réel tout en l’inventant. ».

Plus d’un million de pages de journaux de guerre bientôt en ligne

We have digitised around 1.5 million pages of war diaries so far, and will be releasing them throughout this year as part of First World War 100, our centenary programme. Digitising the most popular segment of one of most popular record series will allow researchers around the world to access the diaries, and has given us the opportunity to embark on a hugely exciting crowdsourcing project, Operation War Diary.

The National Archives, « Unit war diaries », 13 mars 2014.

Fantastique.

Le carême du GTD

Il y a-t-il un meilleur moment que celui du carême pour prendre la résolution d’enfin finir de lire Getting Things Done ?1 J’ai dû ouvrir des dizaines de fois le livre de David Allen, mais seulement pour le fermer aussitôt. Je n’ai donc jamais réussir à le finir, plus par manque de temps qu’autre chose, quelle ironie.

Les projets se multiplient pourtant, sans que je n’aie une véritable méthode pour les gérer confortablement. Cela est déjà passablement gênant quand il s’agit d’écrire quelques articles, et devient carrément angoissant lorsque l’on parle d’écrire non pas seulement un livre, mais plusieurs.

La réalisation d’un ouvrage comme Trucs et astuces pour OS X, par exemple, nécessite d’organiser des centaines d’astuces en dizaines de chapitres. Mais en même temps, je dois gérer les mises à jour des livres actuels, et commencer à penser à nos futurs titres. Tout en organisant notre mariage et en donnant quelques cours à la fac.

Aussi organisé suis-je2, je ne peux pas l’être à ce point. Du moins pas sans un minimum de structure et de discipline. La méthode GTD en vaut bien une autre, à cela près que c’est une des plus réputées et donc une des plus exploitées par les différents gestionnaires de tâches.

Après la vague d’actualités de l’hiver et avant que ne commence celle de l’été, je vais donc prendre le temps d’enfin lire cette bible de la productivité. Qui sait, peut-être que cela permettra à de nouvelles idées de bourgeonner…

  1. Oui, probablement. Mais il me fallait un titre.
  2. C'est-à-dire pas beaucoup…

La William J. Clinton Presidential Library met toutes ses archives en ligne

Please find below documents that were previously withheld under the Presidential Records Act for restrictions P2 (appointment to federal office) and/or P5 (confidential advice between the President and/or his advisors and between those advisors). […] The documents will be released in batches and will be uploaded here as they become available.

William J. Clinton Presidential Library, « Formerly Withheld Documents », 28 février 2014.

Administrées par la NARA, les treize « bibliothèques présidentielles » abritent les archives de tous les présidents américains depuis Herbert Hoover (1929-1933)1. En vertu du Presidential Records Act de 1978, certaines de ces archives peuvent être maintenues hors de portée du public jusqu’à douze ans après la fin du mandat du président en question.

Un délai qui a expiré dans le cas de Bill Clinton, qui a quitté le Bureau ovale le 20 janvier 2001 : la William J. Clinton Presidential Library doit donc maintenant publier l’intégralité des documents dont elle a la charge. Un premier lot de 5 000 pages a été mis en ligne le 28 février, 20 000 autres suivront d’ici la fin du mois, 8 000 un peu plus tard, les documents plus sensibles devant être caviardés.

Si certains de ses documents ont un intérêt direct pour les historiens, notamment ceux étudiant la guerre de Bosnie-Herzégovine, d’autres font le plaisir des adversaires politiques d’Hillary Clinton. Les archives présidentielles contiennent en effet celles de l’ancienne Première dame, possible candidate pour l’élection présidentielle de 2016 — les Républicains ont déjà commencé à les fouiller à la recherche d’informations potentiellement compromettantes.

  1. Les archives de huit autres présidents précédant Hoover (dont George Washington, Thomas Jefferson et Abraham Lincoln), sont conservées dans des centres d’archives que l’on appelle souvent « bibliothèques présidentielles », mais qui n’en sont techniquement pas. Gérées par des fondations privées, des universités, des agences fédérales ou des États, elles ne sont pas soumises aux mêmes règles et ne bénéficient pas des mêmes leviers de financement.

Ce que les écrans veulent

The screens that surround us are attention vampires. When a screen is within your field of vision you can’t help but let your eyes drift towards it, even when what it displays is irrelevant or uninteresting to you. And once it has your attention it feeds off your focus, draining you. Their bold colors, quick movements, and hyper-realism trigger something in the primitive parts of our brains that make us pay attention.

Morten Rand-Hendriksen, « Analogue », mor10.com, 26 février 2014.

Anitya

Il est fort possible que la prochaine fois que vous visiterez mon site, son apparence aura changé. Et la fois d’après. Et la suivante.

L’apparence de mon site change, comme les questions que je traite. Elle reflète mon état d’esprit, comme les billets reflètent mes centres d’intérêt. Elle est le produit de mon travail de veille technologique et de développement, comme les billets sont le fruit de mon travail de veille sur certains sujets et d’écriture.

Tout comme les billets, mis bout à bout, forment le fil rouge de mes réflexions, ces différentes mues forment une sorte de miroir en mosaïque. Ce sont d’infinies variations sur un même thème1, avec une structure qui s’affirme de plus en plus, des choix typographiques qui s’affinent, des couleurs indéboulonnables. Comme mon ton propre s’affirme de plus en plus, mes choix de traitement s’affinent, et certaines de mes obsessions sont irrémédiables.

Cette impermanence n’est pas satisfaisante, mais elle est condition même de mon progrès : je trouve progressivement ma voix, et je trouve progressivement comment la véhiculer. Chaque étape est définitive en ce qu’elle trouve sa résolution en elle-même, jusqu’à être remplacée par l’étape suivante. C’est un travail en cours, qui ne prendra sans doute jamais tout à fait fin, une expérience fascinante de construction, de dialogue, d’opposition et d’enrichissement du message et du média.

« πάντα χωρεῖ καὶ οὐδὲν μένει »2 : en ce qu’il est une manifestation de ma personnalité forcément changeante, pourquoi ce modeste blog ferait-il exception ?

D’après une discussion avec @Nesussien.

  1. Sur le même code, même.
  2. « Tout change et rien ne demeure », attribué à Héraclite par Platon, Cratyle, 402a.